» IL N’Y A PAS DE LIVRE, IL N’Y A QUE DES LECTURES « 

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IL N’Y A PAS DE LIVRE, IL N’Y A QUE DES LECTURES.
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 » – Vous êtes Dieu.

– Et alors ?

– On s’attend à ce que vous parliez sans ambiguïté.

– À ce que j’ordonne ?

– Surtout à ce que vous décrétiez des actions cohérentes. Nous ne pouvons admettre vos divergences.

– Je ne vous demande pas de les admettre mais de les examiner.

– Enfin, vous êtes Dieu !

– Oui, mais vous, vous êtes hommes ! C’est-à-dire libres. Je ne vais pas piétiner votre libre arbitre, votre capacité à délibérer, votre pouvoir de choisir.

– Restez Dieu, nom de Dieu !

– Quelle confusion ! Dieu ne vous appelle pas à la soumission mais à la déduction. Triez !

– Choisir entre les propos de Dieu ? De quel droit ? Par quelle autorité ? Nos caprices l’emporteraient sur votre toute-puissance ? Absurde ! Selon ce que je picore dans le Coran, je tiens dans mes mains un livre de paix ou un livre de guerre. Pour ma part, j’apprécie le musulman qui adopte les paroles douces, je réprouve celui qui sélectionne les paroles agressives, mais je demeure incapable de déterminer lequel se conduit en vrai musulman. Qu’est-ce que l’islam chimiquement pur ? Le Coran renferme au moins deux Corans.

– Il n’y a pas de Livre, il n’y a que des lectures. »
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(L’homme qui voyait à travers les visages – Éric-Emmanuel Schmitt)
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