Le malentendu propre à l’amour

La tentation d'écrire

Le malentendu est propre à l’amour, parce que l’amour est un sentiment trop véhément et qu’on ne peut s’exprimer à fond. Les mots lui font violence, les réticences sont nécessaires, il faut se comprendre à demi-mot. Et parfois même on pousse la pudeur jusqu’à ne rien dire du tout, alors évidemment, il n’y a pas de raison que le malentendu soit jamais dissipé.
Vladimir Jankélévitch

 

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5 commentaires sur “Le malentendu propre à l’amour

  1. Pat dit :

    Malentendu, mal vécu, je suis complètement d’accord mais parfois en exprimer une bribe suffit à contenter deux vies pourvu que l’on essaye de l’exprimer.

    • ideelle dit :

      Il y a la raison qui s’exprime et le coeur qui souvent mal-entend … C’est cet amour là que je préfère, le spontané, l’entier, celui du malentendu et du soulagement …

  2. loisobleu dit :

    II. Causalité circulaire de l’homme moral
    1. Pour aimer, il faut être

    D’emblée, il faut dire que chez Jankélévitch, l’amour veut dire deux choses:

    « L’amour implique déjà l’affectivité qu’il est lui-même le versant vécu et sensible de la charité. L’amour, cela veut dire à la fois quelqu’un à aimer et quelqu’un pour aimer. Le premier « quelqu’un », objet de l’intention transitive, est à la fois l’accusatif d’amour, c’est-à-dire la visée de l’amant, et ce qui allume et entretient la vive « flamme d’amour » »60(*)

    Ceci suppose que l’amour appelle à l’existence au moins deux individus, sans lesquels il n’aurait pas de sens et n’existerait même pas. Pour aimer, il faut être. Il s’agit bien ici de l’existence non seulement de l’être-aimant, mais aussi de l’être-aimé. Pour que l’aimant aime, il faut qu’il soit et de même, il faut que le sujet de son amour existe. Il est donc question d’une existence réciproque de l’aimant et de l’aimé.

    Il faut aussi dire que pour que l’homme puisse se sacrifier, il faut qu’il vive, sinon il n’aurait rien à sacrifier. Or, en présentant les paradoxes de l’amour, nous avons remarqué que l’amour peut conduire à la mort. Au cas échéant, l’on peut dire que l’aimant dans cet acte de don total de soi, tend à s’annihiler. Pourtant aimer nécessite d’être. Cela voudrait dire que la mort à laquelle conduit l’amour n’est pas la disparition létale en tant qu’anéantissement de l’être humain ou encore en tant que la « tragédie métempirique […] Un vide qui se creuse brusquement en pleine continuation d’être.»61(*) Ce fait est la caractéristique de tous les êtres vivants car la mort est la « loi universelle de toute vie […] le destin oecuménique des créatures. »62(*)

    Nous constatons que s’il s’agissait de cette mort là, tout le monde serait capable de mourir pour l’autre car vivant sa vie normalement sans pression dans l’attente de l’accomplissement de l’ordre naturel des choses. Il s’agit bien d’une mort à soi. Il ressort ici comme une sorte de contradiction parce que nous constatons que pour aimer, il faut être, d’une part, et d’autre part, il faudrait ne pas être. Ce qui reste vrai, c’est qu’il faut déjà exister pour être capable d’affection : « Pour aimer, il faut être. Et pour aimer vraiment, il faudrait ne pas être. Pour aimer il faut être, mais pour être il faut avant tout aimer : car celui qui n’aime pas est un fantôme. »63(*) Le fait d’être serait donc la condition sine qua non de l’amour de l’être-aimant, ce fait est le préalable des préalables. Sans ce présupposé, qui est première personne de l’amour, les exigences de l’amour susmentionnées seraient purement et simplement des leurres, parce qu’il n’y aurait rien à sacrifier si on avait rien à perdre ; pour mourir, il faut vivre étant donné que ce qui ne vit pas ne meurt pas. De même, il est clair que pour donner il faut avoir car si l’on ne possède rien, tout don que l’on puisse faire sera ce que Jankélévitch appelle une simple galéjade c’est-à-dire une mauvaise plaisanterie.

    Toutefois, si le problème de la vie morale ressemble à un tour de force que l’on brave sans y penser quand on aime tel que nous l’avons mentionné précédemment, il faut dire qu’il serait possible de donner ce que l’on n’a pas ; dans ce cas, le miracle est inéluctable :

    « L’amour, lui, ne s’embarrasse ni du principe de non-contradiction ni du principe de conservation : il donne incompréhensiblement ce qu’il n’a pas, et il le crée non seulement pour le donner mais en le donnant, et dans l’acte miraculeux de la donation elle-même ; aussi est-il inépuisable et intarissable. »64(*)

    Dans cette même orientation, Jankélévitch fait recours à Jean-Louis Chrétien qui, en parlant du Bien de Plotin, affirme que « le Bien donne ce qu’il n’a pas […] Ce qu’il a donné, il l’a encore. »65(*) C’est aussi dans la même perspective que Sénèque écrit : « Hoc habeo quod dedi », « ce que j’ai donné, inexplicablement, je le possède encore.» La cause de ces apparentes contradictions est due à la créativité de l’amour, l’amour est souverain créateur, il est causa sui. Nous pouvons donc en partant du Bien plotinien comprendre que si l’amour est créateur, il n’a pas besoin de posséder quelque chose pour pouvoir faire un don, étant donné qu’il ne s’appauvrit pas quand il se donne. Pour tout dire, il faut reconnaître que l’être préexiste à l’amour et donc que pour aimer, il faut être ; parce que « l’être est la condition fondamentale de l’amour. »66(*) Cependant, n’y a-t-il pas possibilité de penser le contraire c’est-à-dire que pour être il faudrait aimer ?

    Où se trouve le malentendu ? Ici tout me semble clair.
    N-L – 11/09/16

    • ideelle dit :

      Extrêmement clair 😊

      • loisobleu dit :

        Exprimer un malentendu RESSENTI en son entier ne peut que dégager la voie. Le danger que toute confusion peut engendrer incline l’être à choisir l’attitude du sourd et de l’aveugle. Au mépris de son interlocuteur et de lui-même, dont il ignore l’expression pour ne choisir que la sienne.
        N-L – 16/09/16

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