Prix Interallié

 

QU’EST-CE QUE LE PRIX INTERALLIE ?

 

 

Il a été créé en 1930 par une trentaine de journalistes qui déjeunaient au Cercle de l’Union interalliée à Paris (club privé dans le 8e arrondissement), en attendant les délibérations du Femina. Il récompense un roman écrit par un journaliste, ce qui n’a pas empêché Michel Houellebecq, non journaliste, de le recevoir en 2005 pour La possibilité d’une île (Fayard). Aujourd’hui le jury est composé de dix journalistes masculins.

Le prix Interallié est remis au restaurant parisien Lasserre, dans le 8e arrondissement. Il n’est suivi d’aucune dotation. Mais un ouvrage récompensé par le prix Interallié se vend à 100 000 exemplaires environ.

 

 

Prix Interallié

Nelly Alard

 » Un moment de couple »

 nelly    Nelly Alard vit à Paris. Elle est également comédienne et scénariste. Son premier roman, Le crieur de nuit (collection Blanche, 2010, Folio n° 5300) a reçu le prix Roger Nimier 2010, ainsi que le Prix National Lions de Littérature 2011 et le Prix de soutien à la création littéraire de la Fondation Simone et Cino Del Duca. Nelly Alard est sortie du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris en 1985.

 

 

 

 

 

 

 » Moment de Couple »

 

Juliette, ingénieur dans l’informatique, et Olivier, journaliste, ont deux enfants et une vie de couple moderne. Lorsque Olivier avoue à sa femme avoir une liaison, l’univers de Juliette vacille.
Comment survivre à la trahison? C’est à cette question que ce roman, écrit au scalpel, sans concession mais non sans humour, entend répondre. Rien n’y échappe, ni les risques de la vie à deux et les glissements du désir ni les contradictions d’un certain féminisme et la difficulté d’être un homme aujourd’hui.

 

 

moment

 

 

Extrait

 

 

1

C’était le jeudi 29 mai 2003, en fin d’après-midi. Le jour de l’Ascension. Encore le printemps, donc, mais il faisait déjà très chaud. Les pelouses du parc des Buttes-Chaumont étaient non pas noires de monde, mais colorées, gaiement, de familles bruyantes et agitées. Il y avait des ballons, des serviettes de plage, des cris, des rires, des   petites culottes qui séchaient sur l’herbe, des enfants tout nus ou en slip, un côté Front populaire, premiers congés  payés. Juliette était arrivée tôt. Elle était assise près de Florence, une de ses amies du quartier, à l’un des endroits les plus recherchés, sur la grande pelouse en pente avec la rivière en contrebas. Toutes deux regardaient leurs enfants qui pataugeaient avec les autres dans le ruisseau, quand le téléphone portable de Juliette a sonné.

Juliette venait de crier à son fils de quatre ans, Johann, de garder ses sandales pour marcher dans l’eau. Pas seulement à cause des cailloux qui en tapissent le fond et qui sont, par endroits, acérés ou glissants. Surtout parce qu’on peut y tomber sur des débris de verre, des capotes usagées ou des capsules de bière. On peut y tomber sur à peu près n’importe quoi, en fait, malgré la fermeture du parc la nuit et les rondes régulières des gardiens.

L’autre jour, Emma a trouvé un bâton de ski, au fond. Tu te rends compte ? Qui peut s’amuser à jeter un bâton de ski dans la rivière des Buttes-Chaumont? En décrochant, Juliette avait encore un sourire sur les lèvres.

C’était son mari, Olivier. Il avait la voix altérée, comme à bout de souffle, ou étranglé.

Tu es où? — Aux Buttes — Tu es seule ? — Non, je suis avec Flo et les enfants. — Tu peux t’éloigner un peu, j’ai quelque chose à te dire.

Le sourire de Juliette s’était envolé. Elle jeta un regard vers Florence, se leva et remonta la pelouse d’une dizaine de mètres. À l’autre bout du fil Olivier semblait sangloter. Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle. Avant d’entendre la réponse, elle sentit comme une morsure au creux du ventre. L’idée la traversa que Maria était morte.

Voilà. J’ai une histoire avec une fille, c’est une élue socialiste, ça dure depuis trois semaines, et maintenant elle veut que je te quitte, et là, nous parlions au téléphone, je lui ai dit que j’allais au cinéma avec toi, elle a commencé une crise d’épilepsie, elle a laissé tomber le 18 téléphone, elle crie, je ne sais pas ce qu’elle a, je ne sais pas quoi faire, il faut que j’aille la voir.

Il reprit sa respiration, ajouta. Je ne pourrai pas aller au cinéma.

Juliette écoutait, immobile. De là où elle se trouvait, en hauteur, elle apercevait la gloriette et le pont suspendu, des amoureux qui s’embrassaient. Le soleil commençait à descendre sur les arbres. À part cette sale bestiole qui s’agitait au creux de son ventre, tout semblait familier, normal.

Elle habite où?

Pantin.

Eh bien, vas-y, alors.

Un blanc. Il ne répondait pas. Il n’avait pourtant pas raccroché.

Cela l’agaça. Elle répéta « Vas-y », dit « Allô » plusieurs fois, d’une voix de plus en plus forte, exaspérée. Ensuite

elle raccrocha et revint à pas lents s’asseoir près de Florence, qui la regardait avec curiosité.

Qu’est-ce qui se passe ?

Elle haussa les épaules, secoua la tête. Flo n’insista pas. De toute manière il était l’heure de rentrer. Elles appelèrent les enfants, les rhabillèrent, puis descendirent l’avenue Secrétan en silence, tenant leurs petits derniers par la main, tandis que les aînés couraient devant en chahutant….

 

 

 

 

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