Prix Medicis

 

QU’EST-CE QUE LE PRIX MEDICIS

 

Le prix Médicis a été fondé en 1958 par Jean-Pierre Giraudoux (le fils de Jean), avec le soutien d’une dénommée Gala Barbisan, d’origine russe, qui recevait dans un hôtel particulier, sur les hauteurs de Montmartre, des personnalités comme Jean Genet ou Raymond Queneau.

Le prix Médicis a pour vocation de récompenser un roman, récit ou recueil de nouvelles dont l’auteur débute ou n’est pas encore célèbre.

Le  jury est composé de huit personnes. Auparavant décerné en même temps que le Femina à l’hôtel Crillon, le Prix Médicis est désormais remis deux jours plus tard au restaurant La Méditerranée, place de l’Odéon dans le 6e arrondissement de Paris.

Le  montant de la dotation est de 686 euros. En moyenne, un roman récompensé par le prix Médicis se vend à 40 000 exemplaires.

 

 

Prix Médicis 2013

« Il faut beaucoup aimer les Hommes »

Marie Darrieussecq

 

 

Marie Darrieussecq, née le 3 janvier 1969 à Bayonne, est une écrivaine et psychanalyste française.

 

 

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Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. Il se trouve que l’homme est noir. « C’est quoi, un Noir ? Et d’abord, c’est de quelle couleur ? » La question que pose Jean Genet dans Les Nègres, cette femme va y être confrontée comme par surprise. Et c’est quoi, l’Afrique ? Elle essaie de se renseigner. Elle lit, elle pose des questions. C’est la Solange du précédent roman de Marie Darrieussecq, Clèves, elle a fait du chemin depuis son village natal, dans sa « tribu » à elle, où tout le monde était blanc.

L’homme qu’elle aime est habité par une grande idée : il veut tourner un film adapté d’Au cœur des ténèbres de Conrad, sur place, au Congo. Solange va le suivre dans cette aventure, jusqu’au bout du monde : à la frontière du Cameroun et de la Guinée Équatoriale, au bord du fleuve Ntem, dans une sorte de « je ntem moi non plus ».

Tous les romans de Marie Darrieussecq travaillent les stéréotypes : ce qu’on attend d’une femme, par exemple  ou les phrases toutes faites autour du deuil, de la maternité, de la virginité… Dans Il faut beaucoup aimer les hommes cet homme noir et cette femme blanche se débattent dans l’avalanche de clichés qui entoure les couples qu’on dit « mixtes ». Le roman se passe aussi dans les milieux du cinéma, et sur les lieux d’un tournage chaotique, peut-être parce qu’on demande à un homme noir de jouer un certain rôle : d’être noir. Et on demande à une femme de se comporter de telle ou telle façon : d’être une femme.

 

 

 

EXTRAIT

 

 

GENERIQUE

C’était un homme avec une grande idée. Elle la voyait briller dans ses yeux. Sa pupille s’enroulait en ruban incandescent. Elle entrait dans ses yeux pour suivre avec lui le fleuve. Mais elle ne croyait pas à son projet. Ça ne se ferait jamais, en vrai. Atteint-on jamais le Congo ?

Il y avait ce qu’il était lui : un problème. Et sa grande idée coûtait trop d’argent. Demandait trop à trop de gens. Et pour elle la grande idée était comme une autre femme, et elle ne voulait pas qu’il la suive.

« À force de penser au Congo je suis devenu un Congo bruissant de forêts et de fleuves où le fouet claque comme un grand étendard. » Il lui lisait Césaire. Qui n’était pas son écrivain préféré. Mais qui a laissé de bonnes pages, on ne peut pas dire. Et qui était noir, ça a son importance. Sans doute. Elle était de là, elle aussi, désormais. Du pays impossible, avalancheux et débordant.

Chaque matin elle s’éveillait affligée d’une maladie de peau. Ses épaules, ses seins, l’intérieur de ses bras, tout ce qui venait au contact de lui – sa peau était creusée de lignes, de broderies. Elles couraient, incrustées. Elle frottait mais ça ne partait pas. Elle se douchait mais l’eau n’y faisait rien, et dans le miroir elle voyait, sous la peau, courir les galeries étroites et régulières, de fins colliers de perles en creux.

La maquilleuse même n’y pouvait rien. Elle qui était censée jouer la Française diaphane, ni tatouée ni scarifiée. Le visage est ce qu’on ne voit pas de soi. Le dos non plus, je vous l’accorde. En se contorsionnant, on attrape un éclat d’omoplate, un peu de clavicule et de reins. Mais on porte devant soi son visage comme une offrande. Il la voyait. Elle ne se voyait que dans les films ou le miroir. Ce visage intact, où s’imprimaient d’autant mieux les marques.

Et lui c’était qui ? Un acteur comme elle, second rôle un peu connu – on connaît sa tête, pas son nom, et difficile à prononcer. S’il y avait en lui quelque chose de militant c’était peut-être ça : cette obstination à garder son nom – faire carrière avec un nom pareil.

GÉNÉRIQUE

Un nom qu’elle aurait voulu porter, elle. Elle avait ça dans l’idée. Joint à son prénom si français, Solange.

Il n’aimait pas qu’elle le regarde quand ils faisaientl’amour. Si elle ouvrait les yeux, il faisait un petit bruit entre ses dents, chhhhh. Elle les refermait, elle rentrait dans le noir rouge. Mais elle avait vu son visage bouleversé, l’éclat de ses joues, la sueur sur ses pommettes, presque des larmes. Et ses yeux fixés sur elle, chhhhh. Deux pointes noires, jaillies sous les paupières, ses yeux chinois, deux fentes, soulevant les triangles des tempes.

Elle se rappelait géométriquement sa beauté, mais qui était l’homme sur la photo ? Qui est l’homme dont les photos circulent sur les pages de ragots hollywoodiens? Qui est l’homme qui la regardait, quila regarde dans sa mémoire ? Sa peau ne porte plus aucune trace de lui, seulement les marques du temps, les cicatrices de tournages qu’il lui semble avoir rêvés.

 

 

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