BREL … Ces gens là !

 

Ces gens là …..

 

brel5

(Illustrateur inconnu)

 

D’abord, d’abord, y a l’aîné
Lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez
Lui qui sait plus son nom
Monsieur tellement qu´y boit
Tellement qu´il a bu
Qui fait rien de ses dix doigts
Mais lui qui n´en peut plus
Lui qui est complètement cuit
Et qui s´prend pour le roi
Qui se saoule toutes les nuits
Avec du mauvais vin
Mais qu´on retrouve matin
Dans l´église qui roupille
Raide comme une saillie
Blanc comme un cierge de Pâques
Et puis qui balbutie
Et qui a l´œil qui divague
Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne pense pas, Monsieur
On ne pense pas, on prie

Et puis, y a l´autre
Des carottes dans les cheveux
Qu´a jamais vu un peigne
Qu´est méchant comme une teigne
Même qu´il donnerait sa chemise
A des pauvres gens heureux
Qui a marié la Denise
Une fille de la ville
Enfin d´une autre ville
Et que c´est pas fini
Qui fait ses p´tites affaires
Avec son p´tit chapeau
Avec son p´tit manteau
Avec sa p´tite auto
Qu´aimerait bien avoir l´air
Mais qui a pas l´air du tout
Faut pas jouer les riches
Quand on n´a pas le sou
Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On n´vit pas, Monsieur
On n´vit pas, on triche

Et puis, il y a les autres
La mère qui ne dit rien
Ou bien n´importe quoi
Et du soir au matin
Sous sa belle gueule d´apôtre
Et dans son cadre en bois
Y a la moustache du père
Qui est mort d´une glissade
Et qui r´garde son troupeau
Bouffer la soupe froide
Et ça fait des grands flchss
Et ça fait des grands flchss
Et puis y a la toute vieille
Qu´en finit pas d´vibrer
Et qu´on attend qu´elle crève
Vu qu´c´est elle qu´a l´oseille
Et qu´on n´écoute même pas
C´que ses pauvres mains racontent
Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On n´cause pas, Monsieur
On n´cause pas, on compte

Et puis et puis
Et puis il y a Frida
Qui est belle comme un soleil
Et qui m´aime pareil
Que moi j´aime Frida
Même qu´on se dit souvent
Qu´on aura une maison
Avec des tas de fenêtres
Avec presque pas de murs
Et qu´on vivra dedans
Et qu´il fera bon y être
Et que si c´est pas sûr
C´est quand même peut-être
Parce que les autres veulent pas
Parce que les autres veulent pas
Les autres ils disent comme ça
Qu´elle est trop belle pour moi
Que je suis tout juste bon
A égorger les chats
J´ai jamais tué de chats
Ou alors y a longtemps
Ou bien j´ai oublié
Ou ils sentaient pas bon
Enfin ils ne veulent pas
Parfois quand on se voit
Semblant que c´est pas exprès
Avec ses yeux mouillants
Elle dit qu´elle partira
Elle dit qu´elle me suivra
Alors pour un instant
Pour un instant seulement
Alors moi je la crois, Monsieur
Pour un instant
Pour un instant seulement
Parce que chez ces gens-là
Monsieur, on ne s´en va pas
On ne s´en va pas, Monsieur
On ne s´en va pas
Mais il est tard, Monsieur
Il faut que je rentre chez moi.

http://youtu.be/NfwW76JzVQI

 

PETITE HISTOIRE

Ces gens-là est une chanson écrite par Jacques Brel, dont le thème est le désespoir d’un amour impossible. C’est une chanson très sombre sous forme d’invective, au texte corrosif, dont la musique est un trois temps lent à thème répétitif.

Le narrateur prend à témoin un tiers (un certain « Monsieur ») et lui décrit les différents membres d’une famille, dont l’existence est particulièrement médiocre et mesquine. Il fustige en particulier leur immobilisme (ce qui contraste d’ailleurs avec le mouvement qu’il crée en les éloignant de lui).

Cette chanson reprend le principe brélien de la vérité progressive. En effet, l’énumération se termine par la fille, la belle Frida qu’il aime éperdument, et dont l’amour est réciproque, mais dont la famille n’autorise pas le mariage, estimant que le prétendant n’en est pas digne, ce qui explique peut-être enfin son hostilité à leur égard.

La chanson s’achève sur la résignation du narrateur, qui, visiblement pas dupe de la promesse que Frida lui fait de « partir » pour le « suivre », prend congé de son interlocuteur et lui dit qu’il doit rentrer chez lui.

Du point de vue vocal, l’interprétation commence de manière modérée mais s’amplifie progressivement, pour finir par exploser lorsque le narrateur évoque Frida, traduisant ainsi sa passion pour elle, ce qui contraste avec la phase de résignation qui suit et sur laquelle s’achève la chanson.

Le manuscrit des paroles de la chanson a été mis aux enchères à Paris le 8 octobre 2008 par Sotheby’s à l’occasion du 30e anniversaire de la mort du chanteur ; estimé entre 6 000 et 8 000 euros, il a été vendu 60 750 euros.

 

 

 

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